Google abuse-t-il de sa position dominante ?

par Romain Boyer - Il y a 5 ans

Je vous préviens d’office : je ne commente pas l’actualité mais donne simplement ma propre opinion sur la politique discrétionnaire de Google.

Voici tout d’abord les ingrédients nécessaires à la réflexion :

  • Google représente 91% des recherches en France, car l’expérience utilisateur est au top ;
  • Les liens les plus vus et les plus cliqués sont ceux d’Adwords. Sur un mot clé très concurrentiel que j’avais positionné 1er en naturel ET sur Adwords, 60% des clics en provenance de Google étaient ceux d’Adwords, 40% venaient de la première position en naturel ;
  • Google a une politique opaque de pricing, en fonction de critères connus de Lui seul et pondérés de manière opaque « à la tête du client »  (en fonction de critères qualitatifs obscurs) ;
  • Google ajoute de plus en plus ses propres outils et peut à tout moment sortir un outil qui fait perdre aux liens qui suivent 20 à 30% de visibilité du jour au lendemain (exemples avec les intégrations Google Shoping, Google Flight Search, Google Météo,…). Cela ne poserait pas de problème puisque ce serait dans l’intérêt exclusif de l’utilisateur SI ce n’était pas au profit de Google, ce qui pourrait être reproché à ce dernier depuis que Google Shopping est devenu payant.
  • « Grâce » à la suggestion de mots clé, les utilisateurs créent moint de diversités de mots clés et sont de plus en plus rabattus vers les recherches les plus consensuelles.

L’analyse d’un point de vue de l’utilisateur

D’un point de vue utilisateur, c’est quali : la façon de faire de Google  oblige les commerçants qui en ont les moyens à être très précis dans leurs annonces, et le prix les oblige à choisir précisément sur quels mots clés ils veulent faire apparaître quelle page.

Idem pour Google Shopping avec l’obligation de renseigner pas mal de données sur les produits se qui permet à Google de proposer un certain nombre de critères pour affiner les résultats.

Pour les autres outils, ce sont des facilitateurs, qui permettent de gagner du temps et d’avoir une bonne synthèse, c’est intéressant.

L’analyse du point de vue du marchand

Que l’on parle de Google Adwords ou de Google Shopping, hors de question de ne pas y être pour ne pas laisser la place à la concurrence, il faut être dans la place.

Celui qui n’y est pas n’existe pas ou a peu de chances d’exister. Il faut donc avoir les moyens d’y investir pour pouvoir se donner les chances d’apparaître.

Auparavant, les comparateurs de prix étaient bien placés et cela faisait d’autres portes d’entrée (payantes) pour récupérer des clients en provenance des moteurs. Les différentes évolutions des algorithmes du moteur ont fait que ces comparateurs ont progressivement disparu, au profit principalement des places de marché, reconnues maintenant comme ayant une belle diversité de produits.

La seule possibilité d’être présent sur le point de rendez-vous des français qui cherchent quelque chose est donc de payer ; plus de visibilité. Il arrive qu’il n’y ait aucune zone gratuite au dessus de la ligne de flottaison, ce qui peut laisser songeur.

Capture de la recherche sur "Appareil Photo Numérique" sur Google en résolution 1280x800

Capture de la recherche sur « Appareil Photo Numérique » sur Google en résolution 1280×800

 

Et les autres moteurs ?

Les autres moteurs feraient pareil s’ils le pouvaient, surtout Bing ou Yahoo.

Conclusion ?!

On est arrivés bien loin du « don’t be evil ». Google nous a mené bien loin des Ads limités à la droite de l’écran et de l’impartialité. Les algorithmes ont évolué dans un sens qui l’a mis instantanément en position dominante sur le sujet des comparateurs de prix et maintenant qu’il est « assis » là-dessus, permet de moins en moins de visibilité gratuite.

La visibilité gratuite est bien le coeur de la problématique : les marchands qui se lancent ne peuvent tout simplement plus avoir de visibilité. Quand bien même ils seraient extrêmement recommandés et auraient le site parfait (cas idéal qui n’existe jamais pour de jeunes sites), ils pourraient être classés premiers mais ne seraient pas (beaucoup) vus.

L’évolution année après année des SERP (Search Engine Result Page, organisation des résultats de recherche) de Google (et autres moteurs) est inquiétante pour la suite.

Que pourrais-je amener de positif et de rassurant… la qualité est au rendez-vous pour les utilisateurs et a priori, ceux qui ont les moyens ou se donnent les moyens d’apparaître sur leurs recherches ont (intérêt à avoir) a priori quelque chose à leur proposer au plus proche de leur recherche.

Désolés pour cet article pessimiste, c’est pas trop mon genre pourtant, mais comme disait cet homme sage, il faut savoir s’indigner.

Romain Boyer

Romain BOYER travaille pour des startups eCommerce depuis 2005. À cheval entre la technique et la stratégie, cet adepte des tableaux de bord croise toutes les données pour en extraire ses priorités.

> Suivre Romain sur Twitter : @RomainBOYER
> Son poste : Product Owner eCommerce chez Doctipharma.fr

18 Commentaires

18 réponses à “Google abuse-t-il de sa position dominante ?”

  1. Yann dit :

    Bien vu, voilà une indignation tout à fait légitime 🙂

    En fait, il reste peut-être une solution pour le cas de figure décrit dans cet article : imaginons un site e-commerce prêt à être lancé, sur un marché concurrentiel (car même s’il reste des niches encore peu exploitées, les places sont très rapidement prises aujourd’hui). Sa seule chance de survie ?

    Communiquer offline !

    La mise à jour de Penguin de Google montre bien que les actions de SEO + netlinking sur un nouveau site n’amenaient aucune garantie de visibilité (sans parler de positionnement) à court et moyen termes.

    Une publication sur les médias traditionnels est amha le moyen d’amener un gros volume de trafic sur le site, ce qui va donner de l’autorité au site, faire le buzz sur les réseaux sociaux et pourra être consolidé par des actions online.

    Mes 2 cents 🙂

  2. Alexandra Iannone dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis ici…

    Je me demande bien comment le référencement naturel pourra un jour survivre à tout ça car il tend clairement à disparaître.

    Tout cela est pessimiste… mais réaliste malheureusement.

    Alex

  3. Mary dit :

    Bonjour,

    Il suffit de lire la progression du CA et du résultat net pour constater que la stratégie de Google est la bonne, pour ses propres intérêt.

    Sous prétexte de « qualité » des résultats, Google pousse ses services et met en avant les « gros » sites. Ainsi, la plupart des ecommerçants sont obligés de payer de l’AdWords à la régie publicitaire Google.

    A bientôt,

  4. Sebastien dit :

    Merci pour cet article très intéressant !
    Je me posais la question depuis quelques temps et tu appuies un peu mes pensées, mais avec tout cela, peut-on encore se lancer dans le e-commerce sans un énorme budget ?

    Il y a quelques temps, sur ce blog on trouvait un article avançant 40000 € d’apports pour créer son site, j’ai bien peur que si cela ne continue, cela augmente rapidement et malheureusement fortement.

    Je commence à avoir peur pour les futurs entrepreneurs (dont je ferais peut-être parti) de demain qui risquent d’avoir du mal :/

  5. Flo dit :

    À l’origine de Google la qualité englobait aussi et surtout la notion d’exhaustivité. Ça constituait le principal point fort de Google vis-à-vis de ses concurrent directs, qui eux s’inscrivaient plutôt en priorité dans une recherche de monétisation optimale.

    Aujourd’hui Google est en train d’adopter exactement le même comportement que ceux qui l’ont poussé à créer son service alternatif… L’histoire se répètera-t-elle avec un nouveau « Google » ?
    Ça serait en tout cas un joli pied de nez pour une entreprise qui semble avoir complètement perdu de vue ce pourquoi elle est née… 🙂

  6. Didier de l'agence Woptimo dit :

    >La mise à jour de Penguin de Google montre bien que les actions de SEO + netlinking sur un nouveau site n’amenaient aucune garantie de visibilité (sans parler de positionnement) à court et moyen termes.

    C’est plus subtil que ça.

    Google a toujours eu un message incitatif tourné vers la qualité. Quand on fait les choses bien, on peut être très visible en référencement. Si on arrive un peu tard sur un marché ou avec un nouveau site qui doit construire sa popularité, c’est clairement plus difficile. En tout cas on ne peut plus bricoler seul comme il y a quelques années.

    Par rapport à Penguin, ce qui fait que beaucoup de monde a bu la tasse, c’est d’avoir (pas toujours consciemment) utilisé des pratiques qui fonctionnaient un temps et qui sont neutralisées ou pénalisées aujourd’hui.

    > Je me demande bien comment le référencement naturel pourra un jour survivre à tout ça car il tend clairement à disparaître.

    Google a toujours besoin de présenter des résultats naturels au public. La longue traîne représente encore beaucoup d’opportunités, et un gros volume de requêtes est nouveau chaque jour. Sur des mots clés génériques, les cartes du jeu sont rebattues tous les deux ans et en général, avec l’évolution des algos, ça va quand même dans le sens de la qualité pour l’utilisateur (même si on trouve toujours trop d’anomalies).

    > Il y a quelques temps, sur ce blog on trouvait un article avançant 40000 € d’apports pour créer son site, j’ai bien peur que si cela ne continue, cela augmente rapidement et malheureusement fortement.

    C’est vrai. La création du site est une chose, la communication et la visibilité en est une autre (même si c’est lié). Le budget à prévoir pour une presta de « référencement » (le mot référencement commence à sentir la poussière, mieux vaudrait parler de stratégie / opérationnel en webmarketing/SEO) est clairement de 10 à 20 KEUR sur l’année.

  7. Laura dit :

    Je confirme : visibilité -40% sur mes principaux mots clés alors que je suis première

    Avec adword , GG image et YouTube c’est pas comme si Google monopolisait la 1ère page avec ses produits et services

  8. Sebastien dit :

    Merci Romain pour cette indignation publique de la pensée d’un bon nombre de e-commerçants.

    J’irai dans ton sens en ajoutant qu’au final, RIEN n’est gratuit pour être bien positionné, même le SEO.
    Pour un e-commerçant, arriver à se positionner en première position des résultats naturels d’un produit ou d’une catégorie est une véritable source de dépense.

    La meilleure preuve sont les imposantes équipes SEO des gros sites e-commerce (Cdiscount, Rueducommerce ou encore Amazon) qui emploient chacun plus d’une dizaine de personnes et dépenses des sommes très importantes pour obtenir des backlinks de qualités.

    J’en conclue donc que pour être positionné sur la première page de Google, quelque soit le moyen, il faut payer… et pas forcément que Google (même si c’est dû à son algorithme).

  9. Sebastien dit :

    J’ajouterais également que Google fait bien ce qu’il veut.

    Google lance son propre comparateur de prix… Vlam, une mise à jour de l’algo fait pénaliser tous les comparateurs déjà en place.

    Google lance son traducteur… Vlammm, tous les traducteurs passent au minimum à la deuxième place (Google s’est d’ailleurs fait condamné pour cela)…

    Qui sera le prochain ? Avec 90% des parts de marchés en France, Google fait ce qu’il veut et personne ne peut rien dire… Je suis d’accord avec toi, c’est frustrant, voir inquiétant

  10. Flo dit :

    Salut Romain,

    Je ne connaissais pas votre blog, je le découvre avec cet article. J’aime bien la manière dont vous faites ce constat. C’est réaliste. Triste mais réaliste. Les opportunités que nous avions entre 2000 et 2009 sont bien loin derrière dorénavant, Google a sévi. Je n’ose pas imaginer la confusion que cela doit être dans l’esprit de ceux qui ont démarré dans le référencement il y a moins de 4 ans.

    @ Sébastien :
    « les imposantes équipes SEO des gros sites e-commerce (Cdiscount, Rueducommerce ou encore Amazon) qui emploient chacun plus d’une dizaine de personnes »

    → Vous avez vu ça où ? Les plus grosses équipes SEO que je connaisse en France (et deux d’entre elles font partie des sites que vous citez) totalisent 3 SEO. Bien sûr, ces personnes ont 2~3 dévs avec lesquels ils travaillent mais ces dévs sont principalement là pour faire évoluer le site.

    Amicalement,
    Flo’

  11. rédaction Web dit :

    Google domine c’est sûr, c »est pourquoi tous les référenceurs s’y plient.
    Mais, je me questionne pourquoi au juste vous avez dit que Yahoo ou Bing ne peuvent as faire pareille?

  12. Couteauxduchef dit :

    Très bon article en effet.
    Nous avions vu une baisse des visites sur des mots clés importants où nous étions dans le top 3. Après vérification, il y avait 3 grosses annonces adwords, puis Google Image, puis le ref nat.
    Résultat, sur un écran 19″ 16/9ieme, on ne voit pas le ref nat.
    On oublie ça lorsqu’on travaille sur un 24″…

    Oui google adwords à un coût, mais comme le dit Sébastien, le SEO est coûteux, parfois bien plus couteaux qu’adwords. La moindre agence de ref nat vous demande entre 6 et 15 000€ l’année. On s’est fait avoir une fois, avec une agence supposée faire du netlinking.
    Résultat : vous payez sans trop savoir quelle charge de travail est effectuée.

    Si je met met à la place de Google, j’aurais fait le constat suivant :
    J’ai créé un moteur qui est une référence, et la majorité du business qui en décline va aux agences de référencement et non à moi. De plus, leur travail n’est pas forcément à l’avantage des utilisateurs (netlinking, meta mots clés…). STOP.

    Ma peur : a quand une plateforme google style AMAZON ?

  13. Romain BOYER dit :

    Au contraire, j’ai consacré un inter-titre à cela :

    « Et les autres moteurs ?

    Les autres moteurs feraient pareil s’ils le pouvaient, surtout Bing ou Yahoo. »

  14. BigBadMotherFlirter dit :

    Bonjour,

    Excusez-moi, mais je pense sincèrement que c’est « normal ». En effet, si vous voulez être vu il faut payer !
    Et c’est pareil partout, la pub gratuite n’existe pas !

    La publicité est une très grosse valeur ajoutée pour une société et le fait que Google utilise (et abuse un peu) de cette facilité qui lui est donnée est tout à fait légitime. Quand vous faites de la pub à la télé, dans le journal ou à la radio, vous ne vous demandez pas pourquoi vous payez ?

    Une campagne d’une semaine dans un quotidien local coûte le même prix qu’un mois (voir plus) de Google AdWords… et quel impact, quelle visibilité pour votre annonce ? Sans compter qu’un site web est beaucoup plus « commercial » qu’une simple pub papier ou radio. Se rendre visible coûte cher, très cher! Pourquoi sur internet cela devrait être gratuit, alors que le nombre de clients potentiels est beaucoup plus élevé qu’ailleurs. Internet tout gratuit est un vieux concept duquel il faut se sortir : nous sommes une société de consommation, Google nous rend service, il faut payer ce service et c’est tout.

    Pour le reste, je trouve les articles de ce site très instructifs et je continuerai encore à vous lire,

    Bonne continuation,

  15. Referencement Perpignan dit :

    Dingue, est ce qu’on accusait Ford à l’époque de la Ford T3 d’abuser de sa position dominante? A t’on encore le droit de réussir?

  16. Romain BOYER dit :

    Je pense que j’ai suffisamment développé mon argumentaire pour mériter des réponses argumentées.
    Je ne crois pas que Ford ait déjà détenu plus de 90% des parts de son marché et ait eu l’occasion d’abuser d’une telle place.

  17. Jim Jams dit :

    Un an après cet article, rien n’a vraiment changé malheureusement pour nous petits commerçants… Merci l’ami G pour les 60 % de CA en moins… on ne peut même plus se payer des pubs sur tes pages !

  18. Data dit :

    « En effet, si vous voulez être vu il faut payer ! »
    > Sauf que c’est supposé être un moteur de recherche, pas un centre commercial ! C’est le principe de la concurrence, vous êtes meilleur parce que vous avez le bon produit, vous avez le meilleur prix, bla bla bla, pas parce que vous payez pour que quelqu’un bâche les vitrines de vos concurrents… Si on faisait ça dans les rues commerçantes ce serait un tollé général !

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