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Taxe Amazon : Pourquoi les librairies n’ont rien gagné à ce combat contre le e-commerce ?

par Benoit Gaillat - Il y a 4 ans

La taxe Amazon vient d’être adoptée par le Sénat et elle est malheureusement d’une naïveté confondante de la part de nos élus sur la compréhension du numérique en France.  Pour rappel cette loi , qui n’est pas encore promulguée mais qui n’à désormais plus aucun obstacle, interdit le cumul des frais de port offerts et la réduction maximum de 5% autorisé pour les livres.

Il faudra désormais, pour les sites de ventes en ligne, choisir entre offrir 5% de réduction sur le prix éditeur et offrir les frais de port. Cette loi, censée contrer Amazon et protéger les librairies de quartier montre que nos hommes politiques sont surtout parisiens et surtout en retard.

Cette loi va en effet pénaliser uniquement les autres vendeurs de livres sur internet : Les librairies Chapitres, Mollat, Fnac, le Furet du Nord etc… Pourquoi ? Parce que Amazon a la capacité et des moyens pour s’adapter qui dépassent largement ces acteurs qui n’étaient déjà pas tous à un niveau acceptable de qualité de service pour la vente en ligne.

sorry closedAmazon va modifier son système informatique en  quelques minutes et trouvera surement une parade pour s’adapter quand les autres auront une complexité accrue qui risque de leur poser problème. Mais c’est encore plus vicieux car cette loi va faire croire aux librairies qu’ils « ont gagné » et que les gens vont revenir dans leurs boutiques, dans 1 an ou eux il se seront aperçus du contraire et fermerons boutiques sans avoir pu s’adapter.

Ca c’est pour la partie « ce qui va se passer » mais le principal probablement se situe ailleurs.

En effet Amazon est depuis longtemps le 1er client des maisons d’éditions et se retrouve en position de force sur les achats, les prix de ventes étant fixes c’est 5% de marge supplémentaire qui va venir remplir les caisses du géant américain, le tout au nez et à la barbe des autres acteurs.

Car si les gens commandent sur Amazon, c’est principalement à cause de sa qualité de service et du confort offert par le e-commerce, et ça , aucun politique qui habite le 6eme arrondissement de Paris et qui à 20 librairies à coté de chez lui ne peut le comprendre… La différence de prix finale ne va pas inciter les gens à prendre leur voiture pour aller acheter leur livre, non, elle va juste renforcer les marges d’Amazon…

Petit rappel, seul 1 français sur 2 vit en ville (seuil franchi en 2010).

Les disquaires indépendants ont, presque, disparu depuis que les grandes surfaces utilisent les CD en produits d’appel, il ne me semble pas avoir vu à cette époque le même enthousiasme de nos politiques sur le sujet. 20 ans après on va faire croire que les hommes politiques ont le pouvoir de protéger un secteur industriel de l’évolution des modes de consommation.

Ah oui, il faudrait également leur dire qu’Amazon n’est pas un libraire et ne vend plus uniquement des livres depuis déjà plus de 15 ans …

Et sinon rendre la culture plus accessible en supprimant la loi Lang on en parle ou pas ? Un livre écrit par un français est moins cher en anglais (concurrence) qu’en français (respect du prix éditeur, loi Lang) :

stop-loi-lang

Prix en VF à gauche, Prix en anglais à droite. Livre écrit et édité en France à l’origine…

Benoit Gaillat

Diplômé de l’Hetic et travaillant depuis 10 ans dans l’e-commerce, Benoît est Directeur Conseil E-commerce chez Skeelbox, cabinet de conseil en E-commerce dédié aux marques, distributeurs et PME qui souhaitent réussir leur développement digital et cross canal. Twitter |
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5 Commentaires

5 réponses à “Taxe Amazon : Pourquoi les librairies n’ont rien gagné à ce combat contre le e-commerce ?”

  1. Carole dit :

    Article très intéressant ! L’incompréhension de nos hommes et femmes politiques du monde du web est incroyable. Je me souviens d’une d’entre eux disant que cela allait sauvé nos librairies rurales…il est temps de sortir de Paris pour se rendre compte qu’il n’y a plus aucune librairie en campagne ! J’ai hâte de voir ce qu’ils vont pouvoir nous pondre sur le livre numérique qui finira par poser également un problème quand les gens auront adopté les liseuses.

  2. Adrien dit :

    Je partage votre point de vue. A noter qu’Amazon ne répercute pas en France les reductions qu’elle offre sur les livres aux Etat-Unis. La difference de prix constaté entre l’edition américaine et l’edition française s’explique donc par le fait que le prix couverture aux Etat-Unis est inférieur a celui en France. Si Amazon appliquait les reductions qu’elle offre aux Etats-Unis, les best-sellers américains couteraient alors 2 à 3 fois moins cher que leur édition française…

  3. Loric dit :

    J’ai l’impression que les libraires ont tendances à faire la même erreur que l’industrie de la musique : vouloir empêcher l’évolution du marché.

    Au lieu de se remettre en question, au lieu de trouver des services innovants qui feraient acheter les livres en librairies au lieu d’aller sur internet, j’ai l’impression que les libraires passent leur temps (et énergie) à pester contre Amazon. Quel gâchis. S’ils utilisaient ce temps et cette énergie pour essayer de s’adapter à l’évolution de la Société, peut être qu’il y aurait moins de librairies qui fermeraient.

  4. @Carole : le livre numérique n’est, je pense, pas utilisé par les politiques. Le problème risque d’être assez mal compris malheureusement une fois de plus. Seule certitude (actuellement) : les libraires vont en souffrir.
    @Adrien : merci pour les précisions, je ne connais pas les USA mais au UK les livres me semblent bien moins cher qu’en France non ?
    @Loric : Pas aussi simple que ça « d’évoluer ». Le livre ne va pas mourir, loin de là mais le métier de libraire va devenir compliqué. Par exemple la concurrence des « espace culturels » de Leclerc doit aussi faire du mal aux libraires « classiques ». Ne pas considérer le livre comme un « produit simple » porte aussi atteinte au secteur en essayant de trouver des excuses pour ne pas évoluer. Par exemple pourquoi il n’y a pas de distributeur automatique de livre sur les quais de gare ou de métro ? Parce que le livre est trop noble pour ça ? C’est dommage je trouve.

  5. Jérôme dit :

    salut, je te rejoins tout a fait sur ta vision. Frais de port gratuit ou non le problème n’est pas là. Le problème est un problème de fond. D’une part il faut faire comprendre à nos politiques qu’aujourd’hui les habitudes de lecture ne sont plus les mêmes. Nous ne consommons plus du tout de la même manière. Les jeunes aujourd’hui lisent beaucoup moins ou ne lisent plus. On ne va donc pas obligé les gens à lire.

    Pour en revenir à amazon, il vont juste mettre les frais de port à 1 centimes ou qqchose comme ça et cela passera totalement inaperçu pour les internautes. De toutes les façons avec ou sans frais de port les gens ne vont pas prendre la voiture pour aller chez le libraire du coin qui leur dira que le livre n’est pas disponible qu’il faut le commander et qu’il sera là dans 3 jours. Reprendre la voiture une deuxième fois pour aller chercher son livre. A l’heure de la livraison en soirée je pense que c’est une utopie.

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Une taxe sur les transactions en ligne ?

par Romain Boyer - Il y a 7 ans

Philippe MARINI - Photo de son site officiel philippe-marini.net

Le principe est idéalement décrit par 01net : « une taxe sur les investissements publicitaires sur Internet et sur les transactions commerciales en ligne. Le but est de parvenir à faire payer des sociétés phares du Web qui ont une activité en France, mais ont leur siège social dans des pays européens aux dispositions fiscales plus avantageuses. Exemple : Amazon et iTunes d’Apple installés au Luxembourg qui vendent des produits à un taux de TVA réduit. » (source : http://www.01net.com/editorial/523491/internet-et-les-pc-(encore)-vises-par-des-taxes/)

D’après le site du sénateur, « la proposition de Philippe Marini consiste en une taxe de 1% sur le business réalisé en France par les grands ténors étrangers du web, essentiellement américains, (Google, Microsoft, eBay, Amazon…). Jonglant avec des localisations dans les paradis fiscaux européens comme l’Irlande et le Luxembourg, ces sociétés bénéficient d’avantages en matière de TVA et de fiscalité qui font reprendre au sénateur l’expression de Jean Arthuis : “elles nous font les poches !”. »

Que penser d’une telle taxe ? D’un côté, on peut trouver cela normal d’un point de vue éthique que des sociétés étrangères à la taxation plus réduite que les entreprises françaises soient placées sur un pied d’égalité avec les entreprises françaises aient une petite pénalité (loin de les ramener au niveau des entreprises franco-françaises).

D’un autre côté, l’Association des services internet communautaires (ASIC), créée fin 2007 par les dirigeants de grandes sociétés qui se revendiquent du « Web 2.0 » comme AOL, Dailymotion, Google, PriceMinister et Yahoo notamment, déclare :

Il est incompréhensible aux yeux des membres de l’ASIC que des représentants des pouvoirs publics français ne voient dans l’économie numérique qu’une source nouvelle de recettes fiscales alors que c’est avant tout un formidable gisement de croissance et de créations d’emplois. Qui plus est une telle nouvelle taxation aurait pour effet immédiat d’encourager les délocalisations et de freiner considérablement les investissements étrangers dans le numérique en France.

Une belle menace de la part de ces acteurs qui gagnent quand même de grosses sommes d’argent grâce aux contribuables (j’entends par là ceux qui contribuent à leurs bénéfices, incluant les entreprises qui sont leurs clientes) en France.

Il est à noter que parmi les gros acteurs qui constituent cette association, Google (Siège aux E.U.) Yahoo (Siège en Suisse si l’on se réfère aux CGU) ont des intérêts directs dans cette histoire au niveau de la publicité en ligne, et AOL et PriceMinister ont des intérêts indirects depuis l’étranger.

Les géants du Web, qui vont parfois comme Oracle jusqu’à déclarer des pertes en France, ou qui comme Google parviennent à être taxés au final à hauteur de 2,4% (Cf Schéma explicatif du BusinessWeek), ont de quoi être jalousés quand on sait qu’en France, ces taxes dépassent en général les 30%.

Par ailleurs, Amazon, qui ne communique pas sur son Chiffre d’Affaires en France (qui doit se compter en centaines de millions d’euros), est également pris a parti par cette proposition.

Malgré les déclarations de l’ASIC, je ne suis pas certain qu’1% de taxe sur ces acteurs, que ce soit au niveau de la publicité en ligne ou des transactions en ligne, leur fasse beaucoup de mal.

On peut par contre se demander jusqu’où iront nos députés & sénateurs pour taxer l’économie numérique au lieu de l’encourager.

Romain Boyer

Romain BOYER travaille pour des startups eCommerce depuis 2005. À cheval entre la technique et la stratégie, cet adepte des tableaux de bord croise toutes les données pour en extraire ses priorités.

> Suivre Romain sur Twitter : @RomainBOYER
> Son poste : Product Owner eCommerce chez Doctipharma.fr

2 Commentaires

2 réponses à “Une taxe sur les transactions en ligne ?”

  1. JL dit :

    Y’en a marre de ces bureaucrates qui ne cherchent que des moyens pour inventer de nouveaux impôts alors qu’ils n’ont jamais essayé eux mêmes de créer une activité qui soit rentable et permette à des salariés de gagner leur vie. Impôts, impôts, impôts… que feront-ils quand ils auront fini de presser le citron? Coluche disait « La France va être rendu au rang des pays en voix de développement aux bons soins des pays industrialisés… ».

  2. Tintin dit :

    L’objectif est de fonder un gouvernement mondial. « Nouvel ordre mondial ».

    Impôt mondial (taxation des transactions financières).
    Justice mondiale (Tribunal international).
    Armée mondiale (Armée de l’ONU sous son seul drapeau).
    Gouvernement mondial (secrétariat permanent de l’ONU).
    Monnaie mondiale (DTS et abolition des taux de change).

    Aussi, la taxation des transactions commerciales sur internet n’est ainsi que la phase test de cette taxation des transactions financières ou de l’instauration de cet impôt mondial.

    Nous pouvons aussi ajouter, comme l’explique l’IFRAP ou Le cri du Contribuable, qu’une taxe de 1% sur les transactions financières rapporterait 3 fois plus d’argent à l’Etat, que tous les impôts qu’il perçoit aujourd’hui.

    http://www.ifrap.org/

    http://www.lecri.fr/

    Enfin, une taxe sur les transactions financières ou commerciales ne taxe pas un bénéfice, mais un échange !
    Tous les échanges n’étant pas profitables, cette taxe pour les entreprises qui ne réalisent pas de bénéfices, revient ainsi à taxer les pertes et dissuaderait les agents économiques d’investir, puisque le fait donc de taxer les éventuelles pertes en cas d’échec dans une entreprise commerciale, oblige à limiter sa prise de risque, en amont !

    Nous devons ainsi faire échec à ce projet…

    Les actions à mener : écrire à ses députés, au rapporteur du projet, militer auprès des think thanks libéraux précédemment évoqués…

    Bien à vous

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