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Bilan et tendances de la logistique connectée

par Frédéric Klotz - Il y a 2 ans

Déjà Janvier et voilà le moment de vous proposer un bilan de l’année qui vient de s’écouler, ainsi que quelques perspectives pour celle dans laquelle nous entrons.Stéphane Van Overstracten - CA Logistiques

Cette année, c’est Stéphane Van Overstracten, dirigeant du logisticien bordelais CA Logistiques (adossé en 2015 au Groupe Labatut) et fondateur d’Ecom Aquitaine, l’association des e-commerçants du Sud-Ouest, qui a accompagné la rédaction de cet exercice. Je vous encourage par ailleurs à lire sa récente tribune sur la « course à l’immédiateté » dans la logistique du e-commerce.

En 2015, le commerce connecté a continué à bien se porter, avec une croissance supérieure à 12%.

La revanche du retail :

Côté tendances, l’omnicanal est désormais la règle et le commerce physique est clairement revenu dans la course, après avoir été longtemps dépassé par les pure players. D’une part, chaque enseigne dispose aujourd’hui de son propre site de vente, mais les distributeurs avancent leurs pions. Après Auchan et Casino, c’est Carrefour qui, en 2015 s’est « offert » RueDuCommerce.

En dehors du géant Amazon, nombre des grands pure players souffrent de ce retour du retail dans la course, à l’image de l’ancienne gloire du e-commerce français Pixmania, dont la chute semble irrémédiable. Misant tout sur le service et l’omnicanalité, des acteurs traditionnels comme Darty ou Fnac ont clairement pris de l’avance en 2015.

« L’omnicanal est la norme » nous confie Stéphane Van Overstracten. Il ajoute : « Quand j’ai racheté l’entreprise en 2007, nous avons clairement pris le virage du e-commerce. Depuis, nous avons évidemment des clients pure players, mais de plus en plus d’acteurs du retail et même des demandes pour servir de base logistique pour la grande distribution ! ».

C’est également le modèle de marketplace qui a cette année sorti son épingle du jeu. Ce mode de commercialisation, désormais mûr, représente en moyenne près de 30% du CA des grands acteurs. Signe des temps, en 2015 Cdiscount a fermé son rayon textile mais recruté des chargés de compte pour sa place de marché.

Ce concept convient bien à une certaine frilosité ambiante, en particulier de la part des acteurs entrant sur le marché : le e-commerce étant devenu tellement concurrentiel, le seul moyen « d’exister » est soit de s’appuyer sur la notoriété d’autres en allant sur les places de marché, soit de jouer la carte de la prudence en travaillant en flux tendu ou en drop shipping, c’est à dire en n’ayant presque jamais de stock. Le responsable des opérations d’un acteur en très forte croissance sur la téléphonie mobile me confie que son entreprise « appuye son succès sur les deux concepts, en ne vendant que via les places de marchés et en fonctionnant en flux tendu ».

La proximité du consommateur, nouvel enjeu :

A force de restructurations et de plans de licenciement aussi infructueux les uns que les autres, le groupe bicentenaire Mory, acteur notoire du transport et de la logistique en France s’est éteint en 2015, victime, entre autres, de n’avoir pas pris le virage de la digitalisation et de la spécialisation qui s’impose au monde du transport.

colis du voisinC’est d’ailleurs cette digitalisation qui, mêlée au collaboratif, a vu l’émergence de nombreux nouveaux acteurs du transport. On ne compte plus les start up innovantes dans le secteur !

Evidemment, le côté coopératif est la base de ces concepts, mais il n’aurait pas d’intérêt sans le recours à de puissants algorithmes.

Ainsi, les particuliers sont sollicités pour recevoir un colis comme chez ColisduVoisin ou pour les livrer (crowdshipping) avec TousFacteurs ou Drivoo. Et si les coffres de voiture peuvent être rentabilisés comme le propose Dacopack, ils servent également de boîte aux lettres pour Amazon qui teste le concept avec Audi. Jwebi demande même l’assistance des voyageurs pour rapatrier un colis venu du bout du monde !

D’une manière générale, tout est fait pour se rapprocher du client, et les acteurs du transport jouent maintenant très clairement la carte de la proximité et du service. C’est le cas par exemple de Colibou qui vous livre entre 20h et minuit.

Jouant à fond cette carte « local », les consignes ont poussé comme des petits pains en 2015 dans les galeries commerciales, sur les parkings et mêmeAbricolis dans les lieux publics comme les gares.

Les acteurs ne manquent pas : il y a l’historique, Pickup Station (anciennement Cityssimo), le premier concurrent, Packcity et les petits nouveaux : Inpost et Amazon, qui teste le concept à Levallois.

Le projet Proxidrive veut lui, créer des « aires de livraison » avec parking intégré, et casier adapté au colis et même réfrigéré pour l’alimentaire !

Un concept encore plus proche du consommateur est en cours de test par Renz, celui de la boîte à colis intelligente directement implantée dans les immeubles.

Vous aviez choisi une livraison hors-domicile ? Et bien Relais Colis avec son nouveau service « Relais chez Vous » vous propose de la transformer en une classique livraison à domicile… Ou quand la promesse de personnalisation du service peut aller loin au point de vous faire changer de mode de livraison !

Enfin, pour le consommateur-vendeurs et donc expéditeur de colis, Ebay s’est associé à Mondial Relay pour proposer des stations de préparation de colis dans les relais. Tout un programme !

Plus de praticité, plus de facilité, plus de proximité, voilà donc ce que seront les crédos de 2016 pour les transporteurs !

Toujours plus vite :

Stéphane Van Overstracten l’admet : « les logisticiens n’ont plus d’autre choix que d’aller vite, quitte à être au détriment de leur image ». En effet, selon lui, la rapidité de la prestation a un pendant négatif, reproché à Amazon et selon lui généralisé : cette vitesse d’exécution et l’automatisation de plus en plus importante ont « appauvri le contenu des métiers de la logistique ».  En outre, « la gratuité des frais de port a progressivement convaincu salariés du secteur et consommateurs du fait que la logistique n’avait pas vraiment de valeur ».

Il faut dire que désormais, pour satisfaire un consommateur devenu très exigeant, il faut aller vite à tous les maillons de la chaîne logistique, de la validation de la commande sur le site jusqu’à la prise en mains effective du colis.

logo_colidayOn demande donc aux logisticiens d’expédier une commande du matin dans la journée : signe des temps, Amazon a eu recours à des robots à Noël pour accélérer ses cadences.

Bien entendu, les transporteurs ne sont pas en reste et se doivent eux aussi de livrer toujours plus vite (comme je vous l’expliquais il y a quelques mois ici). Le plus rapide étant dans les heures qui suivent dans les grandes agglomérations, avec des concepts comme Coliday, Colisweb ou Deliver.ee.

Aux États-Unis, Amazon continue d’étendre son service Amazon Prime Now qui promet une livraison en 1 heure de centaines de milliers de produits, y compris ceux de votre épicerie du coin !

Des perspectives… technologiques et humaines :

Le suivi du parcours de sa commande est un point très important pour le consommateur connecté. Avec la baisse du prix de la RFID, gageons que 2016 permettra de voir des colis en être équipés pour signaler, pourquoi pas, leur positionnement en temps réel au client si impatient de recevoir son achat !

En 2016, Amazon devrait mettre en exploitation son système de livraison par drônes qui a fait tant parler de lui lors de son annonce.

D’ailleurs, ne serait-ce pas ce même Amazon qui aurait inspiré nos compatriotes de Spartoo, qui ont mis en place en 2015 leur propre filiale logistique ? Est ce que d’autres acteurs suivront ce mouvement d’intégration verticale en 2016 ?

Est-ce qu’en 2016, les acteurs de la grande distribution ne vont pas, après avoir acquis des pure players, commencer à s’intéresser aux logisticiens spécialistes du commerce connecté, pour bénéficier de cette précieuse expertise de la distribution omnicanal ?

Quoiqu’il en soit, en 2016, logisticiens et transporteurs devront aller toujours plus vite et offrir toujours plus de services pour rester dans la course. Et pour que l’humain suive la cadence, de grands chantiers seront à ouvrir pour notamment améliorer la polyvalence et adapter les temps de travail, mais on devra aussi demander aux systèmes d’informations d’être toujours plus sophistiqués pour répondre à notre insatiable soif d’immédiateté.

Frédéric Klotz

Frédéric a 15 ans d’expérience dans le e-commerce. Il fut l’un des premiers community manager de France, puis s’est ensuite occupé de qualité et de logistique. Depuis 2013, il a fondé OpenYourWeb, expert en Supply Chain du e-commerce, qui accompagne les e-commerçants sur les questions de relation client, logistique, transport ou encore SAV.

3 Commentaires

3 réponses à “Bilan et tendances de la logistique connectée”

  1. David dit :

    Pour ceux qui s’intéressent au transport de colis par les particuliers (évoqué plus haut dans cet article), j’ai établi une liste complète http://blog.piggybee.com/2015/10/crowdshipping.html

  2. Alain dit :

    Merci pour cet article, il est vraiment complet et donne un réel aperçu des tendances de logistique adopter en 2015 (et qui seront probablement présente en 2016) !

  3. MaxR dit :

    Très intéressant le système de crowdshipping. Je ne connaissais pas.
    Ce que je remarque surtout dans les tendances logistiques, c’est qu’on passe d’un système à un autre, et un beau jour on réalise que pour devenir aussi universel que possible, il faut pouvoir intégrer des solutions logistiques multiples. L’universalité vient par la diversité. Opter pour un système ou un autre, c’est choisir de se couper d’une partie du marché.

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Casino rachète la quasi totalité de Cdiscount, pour en faire quoi ?

par Benoit Gaillat - Il y a 7 ans

Aujourd’hui c’est le quotidien Les Echos qui nous apprend la cession de 18 % du capital encore détenu par les frères Charle, les fondateurs de Cdiscount, au groupe de distribution Casino .

Hervé, Christophe et Nicolas Charle, partenaires de Casino au sein de Cdiscount depuis 2000, ont décidé de céder leur participation résiduelle de 18,6 % au groupe Casino, qui détient désormais 99,6 % du capital de Cdiscount. Les frères Charle, qui ont émis le souhait de poursuivre d’autres projets professionnels, quittent leurs fonctions opérationnelles au sein de Cdiscount. »  La suite ici

Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne opération (côté finances) pour les frères Charle car la sortie prévue, au moins dans la presse, depuis quelques années était la Bourse dès l’arrivée à l’équilibre financier. Cet équilibre n’est apparemment jamais arrivé malgré les déclarations rassurantes tous les ans sur l’état de la société.

Casino a donc, à mon avis, voulu reprendre le contrôle total pour pouvoir développer sa filiale dans le sens de ses priorités et écarter les frères Charle, aux commandes de l’entreprise depuis 12 ans. On peut en imaginer plusieurs comme par exemple :

La remise à flot express de Cdiscount pour une introduction en bourse

C’est à mon avis le cas le plus probable à court terme car une introduction en bourse est désormais beaucoup plus simple avec un seul maître à bord. Cela veut dire une réorganisation profonde de la société pour présenter des comptes en forte croissance : réduction des effectifs, fusion des services, réduction des investissements  mais augmentation des dépenses de communication …

Une fusion/rachat avec Rueducommerce

Beaucoup de gens spéculent sur cette hypothèse mais je n’y crois pas beaucoup, même si le PDG de Casino a déjà placé ses billes chez Rueducommerce (Source). J’ai travaillé dans les deux entreprises et elle n’ont pas grand chose en commun, ni la stratégie (croissance pour Cdiscount ; rentabilité, autant que faire ce peut, pour Rueducommerce), ni l’esprit d’entreprise (plus familiale/paternaliste chez Cdiscount, plus « grand groupe » chez Rueducommerce).

Je ne dis pas que cela ne se fera pas, je pense juste que ce n’est pas une bonne idée. Par contre il est vrai que le capital de Rueducommerce est très fragmenté et la valeur des actions est ridicule ( moins de 70 millions d’euros de valorisation globale) ce qui en fait une cible « facile ».

Données provenant de Boursorama.com

Construire un acteur européen

Cette hypothèse est à exclure car Cdiscount a déjà essayé d’ouvrir une boutique en Angleterre et en Allemagne avec peu de succès. Tenter de nouvelles expériences sur l’Espagne et/ou l’Italie me semble prématuré de leur part.

Revendre Cdiscount à un autre acteur ?

Même si cette hypothèse parait peu crédible, vu la croissance du secteur à venir, je pense qu’un acteur américain ou asiatique ne serait pas insensible aux charmes de Cdiscount et à son énorme base clients. De plus la mode est aux valorisations démentielles : Twitter (3.7 milliards de $), Facebook (50 milliards de $), Groupon (6 milliards de dollars) et les LBO semblent de nouveaux possibles (Source).

Et vous, que pensez vous de ce rachat ? Que va faire Casino avec Cdiscount ?

Benoit Gaillat

Diplômé de l’Hetic et travaillant depuis 10 ans dans l’e-commerce, Benoît est Directeur Conseil E-commerce chez Skeelbox, cabinet de conseil en E-commerce dédié aux marques, distributeurs et PME qui souhaitent réussir leur développement digital et cross canal. Twitter |
Profil sur Google Besoin d’un expert E-commerce ? 01 84 17 08 51.

1 Commentaire

Une réponse à “Casino rachète la quasi totalité de Cdiscount, pour en faire quoi ?”

  1. Vanessa dit :

    Je trouve que ce n’est jamais une bonne idée de céder des moyens de production. En effet, les actions sont des moyens qui permettent de récolter les bénéfices en résultant, mais également de contrôler la société en elle-même.

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Cdiscount installe des bornes dans les magasins Casino

par Benoit Gaillat - Il y a 8 ans

Voila enfin une très bonne idée de la part d’un des leader du E-commerce en France ! Bien sur tout le monde à eu plus ou moins l’idée d’associer le web et les magasins en dur mais là on parle de deux énormes acteurs du commerce en France, les deux enseignes faisant partie du groupe Casino qui à réalisé 36 Milliards d’euros de CA en 2009 .

Logo Groupe Casino

Logo Groupe Casino

C’est donc un petit miracle que cela se réalise. Les clients vont donc  pouvoir profiter d’une offre très large de produits avec l’assortiment virtuellement illimité de Cdiscount associé à la confiance générée par l’enseigne Casino, pour sur cela va permettre de pousser une partie de la population à l’utilisation du E-commerce, dans un premier temps juste pour la demonstration puis après coup pour un premier achat.

logo de cdiscount

logo de cdiscount

Vous pouvez lire la dépeche AFP à l’adresse suivante:http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iSfXf8Cuet61PaVQcUwu_tdSDVDQ

Benoit Gaillat

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